Je te l'avais bien dit (ou les travers de l'empathie ) !

Publié le par Brigitte

Dimanche 16 décembre 2018

Je profite de ce dimanche maussade pour publier un post que j'ai écrit il y a six mois !!!!

Depuis longtemps, j'ai remarqué que lorsque quelqu'un subit une épreuve (accident, maladie etc ) , cela ne suscite pas que de l'empathie, ou du moins, pas sous une forme qui soulagerait la personne en question.
Le phénomène est encore accentué sur les réseaux sociaux, et il est particulièrement douloureux quand il provient de personnes proches (ce qui est souvent le cas, car les autres se taisent ou s'en tiennent à des propos relativement neutres)
Du coup je m'abstiens pratiquement toujours de m'exprimer de manière "publique" si quelque chose ne va pas, parce que je sais que je ne vais pas aimer les commentaires ....

Quand je faisais beaucoup de ski de randonnée, j'avais été frappée de voir de quelle manière les récits d'accidents d'avalanches (entrainant ou non des conséquences) entrainaient une ... avalanche de commentaires abrupts dont le contenu (avec variantes) pouvait se résumer à "il fallait faire ci ... ou ça ... et moi, je ne serais pas sorti ce jour-là ... et patati, et patata".


Or ces propos atteignaient des personnes dans un moment toujours délicat, en plein questionnement  (on est TOUJOURS en proie au "et si ... " et à une forme de culpabilité  dans ces situations, même quand tout se termine bien !)

J'en avais conclu que les "commentateurs" venaient mettre leur grain de sel pour ... conjurer leurs propres peurs d'être touché aussi par une "épreuve". Ils ne sont pas toujours très à l'aise d'ailleurs, et enrobent souvent leurs remarques de bienveillance ("je te dis ça pour toi ... pour ton bien ...")

 

De plus, même quand on est conscient du côté néfaste de ces commentaires (et que donc on s'abstient de parler ou d'écrire ce genre de choses), ils traversent parfois nos pensées tout de même . On se dit que la personne victime d'une tuile a fait une erreur quelque part ... que nous, on voit cette erreur, et que donc on échappera au même sort ! Qui n'a jamais raisonné ainsi ? frown
 

Ces remarques (lorsqu'elles sont exprimées) ont souvent un côté "immédiat" , mettant en avant la seule chose que l'on connait de la personne, et ignorant totalement tout le reste. Ainsi, quelqu'un qui a un accident de vélo en hiver, par des circonstances qui n'ont rien à voir avec la méteo, se verra reprocher de rouler en hiver. Un accident de montagne ? on accuse l'inconscience , l'inexpérience (...mais sans savoir qui l'encadrait, ou quel était son vécu) .
Une maladie ? On vous reproche votre mode de vie, même si la cause est infectieuse, génétique ou autre.
Bref, la personne qui subit une épreuve se voit accuser (en plus) d'avoir désobéi à une sorte de code de "normalité" caché.

Ce phénomène m'a toujours interpellée.
Récemment, j'ai eu la chance de découvrir à la bibliothèque ce livre :

Je te l'avais bien dit (ou les travers de l'empathie ) !

Voici ce que j'ai trouvé dans ce livre (extrêmement intéressant), qui me parait correspondre tout à fait à ce comportement qui peine et étonne les personnes qui sont dans l'épreuve.

"Le cerveau part du principe que le monde est par nature bon et juste, que les bonnes actions sont récompensées, et les mauvaises punies  (.....)
Malheureusement, ce n'est pas vrai. Les mauvais ne sont pas toujours punis ; il arrive souvent de mauvaises choses aux gens honnêtes. Mais le biais est si ancré dans notre cerveau que nous continuons à être sous son emprise. Alors quand nous voyons quelqu'un être victime de quelque chose d'horrible, même s'il ne l'a pas mérité, cela introduit une dissonance : le monde est juste, pourtant ce qui est arrivé à cette personne ne l'est pas.
Comme le cerveau n'aime pas les dissonances, il a deux options : conclure que le monde est cruel et régi par le hasard, ou que la victime a du faire quelque chose pour le mériter.
Cette deuxième option est la plus cruelle, mais elle nous permet de rester dans le confort douillet (et incorrect) de nos certitudes sur le monde : mieux vaut jeter le blâme sur la victime de malheurs. (....)
Quand vous voyez quelqu'un d'un autre âge/race/sexe, il est plus facile de sympathiser. Mais si vous voyez quelqu'un de votre âge/poids/carrure/sexe, conduire une voiture comme la vôtre et percuter un arbre comme celui planté dans votre jardin, vous aurez plus souvent tendance à le blâmer en le jugeant incompétent et/ou stupide, même si vous n'avez aucun élément pour cela.
Dans le premier exemple, aucun facteur n'identifie la victime à vous, donc vous pouvez mettre l'incident sur le compte d'un monde régi par le hasard; cela ne peut pas vous affecter, de toutes façons.
Dans le deuxième cas, en revanche, vous pourriez être dans cette situation, donc le cerveau rationalise en se disant que ce peut être la faute de l'individu impliqué. Si c'était un évènement purement hasardeux, cela pourrait vous arriver ! et c'est une pensée beaucoup trop troublante
"

Dean Burnett, le cerveau, cet imbécile

 

 

Je te l'avais bien dit (ou les travers de l'empathie ) !

En gros, nos "contacts" ne sont pas tellement empathiques vis à vis de nos petites et grandes épreuves, et sont prompts à nous critiquer, parce qu'ils s'identifient à nous, et que les tuiles qui nos tombent dessus les laissent morts de trouille, sauf si ils en trouvent la cause et le font savoir  !

J'ai pu observer aussi une autre version de ces "réactions de protection", celle qui tend à minimiser vos malheurs, pour les rendre moins effrayants . OK, c'est la faute à "pas de chance" ... mais au fond, ce n'est pas bien grave (variante : tu peux en profiter pour ...) , d'ailleurs c'est fini maintenant non ? 

J'ajouterai enfin que lorsqu'on éprouve véritablement de l'empathie pour une personne qui traverse une épreuve, on cesse de se "protéger" contre la cruauté du hasard et on ressent une partie de ce que ressent l'autre. La problématique n'est plus la même ...

 

 

Bref, la prochaine fois qu'une tuile vous tombe sur le coin de la figure, n'en veuillez pas trop à vos proches et moins proches si leurs réactions ne sont pas à la hauteur et sous entendent que vous êtes un petit peu coupable ou encore que vous avez tort de vous plaindre.

Ils obéissent juste à leurs peurs enfouies ! KEEP COOL ...

Publié dans Divers

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velovlan 18/12/2018 16:31

Idem, du coup j'ai acheté et lu ton bouquin, j'ai pas regretté, merci. C'est vrai que nous avons le jugement (critique) facile.

Brigitte 18/12/2018 22:01

Contente de t'avoir fait découvrir ce livre. On a une excellente médiathèque où je trouve des bouquins d'enfer. Pour moi la lecture c'est un peu comme les bornes à vélo, il faut que j'enquille des pages et des pages , en vacances je peux lire 4 bouquins/semaine (mais contrairement au vélo, je crois que j'ai un bon rythme en lecture)

cestdurlevelo 18/12/2018 14:56

Tu m'en avais deja parlé, donc tu m'avais alerté sur ce sujet, mais... j'avais oublié certains aspects. J'aime beaucoup l'exemple, vraiment clair, de la personne qui est comme nous, qui conduit le même véhicule, et qui se prend un arbre. "Mais enfin, qu'as tu pu faire pour en arriver là ?!" est une réaction d'auto défense en un sens. Super intéressant.

veloblan 19/12/2018 16:37

J'aime bien lire mais environ 1 par semaine!

Brigitte 18/12/2018 21:58

Auto-defense ... oui c'est exactement ça !