Du Léman au lac Majeur - Partie 2 - Le Tessin

Publié le par renarde1

Mardi 14 juillet 2009 , le truc mythique (suite)

Le récit nous avait donc laissé à 2478 m d'altitude , sur le fil de l'Arc Alpin. Le restaurant est déjà en Suisse italophone. La polenta faisait également partie du changement d'ambiance.

Car à partir d'ici, nous nous laissons glisser vers le Sud des Alpes, dans le Tessin, et nous ne cesserons de nous sentir en Italie plutôt qu'en Suisse. L'architecture a changé, les gens aussi, la langue, la nourriture, les publicités murales ...
En attendant, nous nous laissons glisser dans une très longue descente le long de la vallée de la Lenventina, dans un brouillard très dense, dont nous sortoons vers 2000 m d'altitude. La route n'est pas mauvaise mais constituée de dalles de béton, et il est impossible d'aller très vite à cause des jointures et des fissures des dalles. .  

A Airolo, nous retrouvons l'itinéraire cyclable. La plupart des voitures empruntent l'autoroute du St Gothard, et les sections le long de la route sont assez tranquille. Certaines parties de la vallée sont assez industrielles, et alternent avec d'agréables villages. Il n'y a que deux campings dans cette vallée de la Leventina.


Gorges entre Airolo et Faido

Dans le village de Faido, où nous faisons le plein de provisons , un camping est indiqué. Très vite, la route monte à 7 ou 8%, et sort du village. Nous dépassons l'hopital (pourquoi ça grimpe toujours vers les hopitaux ? Pour achever le malade ? ) , un premier hameau dans une atmosphère chaude et moite, genre hammam.

2km de montée incessante, et plus de nouvelles du camping, à douter de son existence ! . Je craque moralement et arrête une voiture venant en sens inverse, dont le chauffeur nous dit de parcourir encore 1 km 500, et qu'à Primadengo il faut descendre.  . Nous arrivons dans le petit village de Primadengo (j'avais compris prima Dengo, qui veut dire avant... Dengo) et une flèche indique effectivement un camping.(nommé Piantett)

Le plus curieux, c'est qu'il faut pousser les vélos sur 800 m sur un chemin dans les bois. Nous découvrons enfin plusieurs clairières en terrasse, avec une maison, un restaurant fermé; n'y-a-t-il plus personne dans ce camping improbable ? Mais si, il y a quelques tentes, la maison est habitée par une vielle dame qui ne parle qu'allemand. L'endroit est d'un calme impressionnant. Le camping est situé sur un GR et accueille surtout des randonneurs. Il a connu une époque plus faste avec un restaurant et une grande piscine, où poussent aujourd'hui des arbres !


Un site ulta-paisible

Je discute avec une anglaise sympa ; son mari et elle sont venus dans la région pour grimper et se balader ; ils connaissent bien la France aussi, et elle parle très bien français.  

Les premières gouttes de pluie tombent tandis que nous finissons de dîner. Elles ne durent pas mais reprennent plus tard ... il pleuvra toute la nuit, et nous savons que la tente prend l'eau dès que ça dure trop ...



Mercredi 15 juillet, arrivée au Lac majeur
85 km dont 25 sans sacoches . D+ : faible . 5:32 sur le vélo (ou poussage en ville!)

http://www.camping-riarena.ch/index.php?id=184&L=2
Attention ! L'itinéraire tracé ici diffère un peu de celui emprunté, car nous avons suivi la piste cyclable N°3 et non la route.

Pas beaucoup de sommeil pendant cette nuit marquée par la pluie et les orages. Au matin les duvets trempent dans une grosse flaque d'eau  . Nous prenons le petit déjeuner à l'abri sous le balcon de la maison où se trouvent des tables et chaises providentielles. Nous repartons sous une pluie qui se calme peu à peu mais le ciel reste très nuageux et menaçant. Avec le manque de sommeil et la perspective de dormir de nouveau dans le duvet mouillé le moral en a pris un coup.


Pluie et spectaculaires ouvrages routiers de l'autoroute du St Gothard

 
Villages typiques de la Leventina

Un arrêt capuccino  dans un petit village sympathique me fait l'effet "tiramisu" (littéralement "tire-moi vers le haut") recherché. La piste est plus facile à suivre que dans le Valais (peut-être car nous prenons à présent l'itinéraire n°3 Nord-Sud dans le sens le plus usuel.) et nous amène bien souvent à traverser de jolis villages avec des églises romanes.

 
Castello grande , Bellinzona

Nous traversons sans arrêt Biasca qui n'a pas grand charme et pédalons rapidement, toujours en très légère descente, jusqu'à Bellinzona qui est une ville assez grande, très animée. Nous déjeunons en son centre piéton, au pied du Castello Grande, l'in des trois châteaux spectaculaires qui s'y trouvent. Nous en profitons pour acheter les billets de train pour le retour. Nous ne nous attardons pas trop pour visiter la ville car nous pensons y revenir vendredi après-midi, et camper sur place pour prendre le train à 8 heures samedi. Le temps est de nouveau très chaud, 30° environ, mais toujours couvert et douteux.

Nous continuons ensuite jusqu'au
camping Riarena, situé littéralement sur la piste cyclable, entre Bellinzona et Locarno. Le parcours est toujours agréable, mais il comporte de nombreuses sections destinées plutôt au VTC, un peu désagréables en vélo de route surtout avec les flaques d'eau et la boue. Il est dommage d'éviter ces parties, d'abord parce que la route est passante de nouveau, mais aussi parce qu'elles traversent de jolis parcs avec des étangs.

Le camping est bien différent de celui de la veille. C'est un vrai centre de vacances, avec animations et caravanes serrées les autres contre les autres. La plupart des personnes semblent installées pour plusieurs semaines et ne bougent pas beaucoup du camping. Je n'aimerais pas passer mes vacances là mais c'est amusant de rester une nuit dans ce microcosme rassemblant beaucoup de nationalités, de découvrir les habitudes des uns et des autres, d'observer les différents types de tentes et toutes les petites astuces de la vie en extérieur.

Le temps s'améliore de manière spectaculaire, il fait très chaud mais le ciel devient bien bleu, et cela va nous permettre de tout sécher tandis que nous allons faire trempette dans la piscine.
Vers 18h nous sommes d'attaque pour aller dîner à Locarno à vélo, à 12 km de là. La jonction avec le Lac Majeur, c'est donc pour ce soir !

 
Droit vers le lac (photo prise jeudi matin)


Jonction avec le Lac Majeur !

Une piste rectiligne dans les champs de maïs nous amène tout droit jusqu'au lac ; une "promenade" superbe , aménagée pour les piétons, les vélos et les rollers lui fait suite. Cette piste très agréable longe les rives et les riches villas côtières ; Au bord du lac, des arbres, et des pelouses bien vertes. La vitesse est en principe limitée à 10 km/h mais c'est difficile de rouler aussi lentement, on n'est pas dans le Nufenen ici !


Au centre de Locarno

Nous gagnons ainsi Locarno où règne une incroyable animation : un concert de Tracy Chapman est prévu pour le soir même, au plein coeur de la vielle ville. Un certain nombre de rues sont fermées.

L'ambiance est totalement italienne ce soir, tandis que nous cherchons un resto dans les ruelles étroites et pentues où chaque établissement a une ou deux tables en terrasse à l'équilibre improbable sur un sol aussi incliné. Les gens mangent tôt (avant le concert ?) et tout est assez plein (ou très cher) . Nous trouvons finalement une place sur une terrasse de la Casa del Popolo, où je déguste un excellent osso bucco avec risotto à la milanese. Il ne faut pas compter manger à moins de 30 FS, Locarno est une ville chère. Mais au moins c'est très bon.



Au soleil couchant la piste qui longe le lac est encore plus belle. Nous y repasserons demain avant d'aller visiter la val Maggia car cette vallée part de Locarno.

Au final, une journée physiquement très cool, commencée tristement sous la pluie et qui termine triomphalement au bord du lac au soleil couchant. L'objectif du voyage est atteint, à partir de maintenant ce sera promenade ...


Jeudi 16 juillet 2009 , les eaux cristallines de la Maggia
63 km, 470 m D+, 3:49 de vélo
http://www.openrunner.com/index.php?id=330552

Maintenant que nous avons rejoint le Lac Majeur, il nous reste deux jours pour profiter de la région et visiter un peu les vallées alentour. Le temps est résolument estival, et de nouveau la température grimpe aux rideaux. J'ai beaucoup entendu parler de la région du Tessin pour le canyoning, et qui dit canyoning à basse altitude dit souvent coins de baignade spectaculaires. Nous avons le choix entre la vallée de la Verzasca et celle de la Maggia
 
C'est la seconde que nous choisissons, car elle est parcourue d'un itinéraire cyclable et pourvue de plusieurs campings.  Comme la veille, mais cette fois avec les bagages, nous traversons Locarno par sa belle piste au bord du lac et commençons à remonter la vallée.

Enfin, remonter, c'est beaucoup dire, car cette vallée est très plate ! Le flèchage nous amène dans un parc où nous découvrons un premier spot de baignade en rivière.


Une eau bien tentante

Une eau transparente et profonde coule très doucement le long de rochers arrondis. L'accès à l'eau se fait par une plage de sable. Malheureusement l'eau est très fraîche, et malgré la température extérieure élevée, il n'est pas possible de se baigner longtemps. La température de l'eau ne doit pas dépasser 16° ou 17°.

Nous reprenons notre route sans nous presser. Nous avons du louper une flèche car l'itinéraire devient franchement VTT, pas vraiment commode avec les pneus fins et les sacoches ; c'est très sympa comme environnement, mais il faut se résoudre à rejoindre la route principale.

 
Beau canyon à Ponte Brolla

La chaleur est écrasante lorsque nous arrivons à Ponte Brolla, un endroit où la rivière a creusé un extraordinaire canyon dans la roche. Il y a énormément de monde sur la route, garé ou non, et nous comprenons vite que c'est là LE spot de baignade de la Maggia : en dessous, au dessus et même dans le canyon malgré l'accès compliqué. Nous allons jeter un oeil à ce dernier en désescaladant quelques rochers.

Après deux kilomètres sur la grande route, la piste reprend, très agréable mais la chaleur est opressante. Un "grotto" à la terasse ombragée va nous permettre de faire une pause café-glace. Les "grotti" (pluriel de grotto) étaient à l'origine des caves où l'on conservait le vin et le fromage. Ce sont aujourd'hui de petites auberges simples où l'on vient pour manger un plat local, ou un dessert, ou pour boire un coup, à toute heure de la journée.

Nous découvrons le camping Bella Riva à Gordevio , que nous avons choisi pour la nuit. Il est très plein (on approche de la saturation) mais assez sympa quand même. Les voitures sont sur un parking à l'extérieur. Les emplacements pour les tentes se trouvent dans un bois et ne sont pas délimités. Il y a une belle salle commune (détail qui aura son importance!)


Baignade magique ... dans la Maggia

Et surtout, on a un accès direct à la Maggia, dans un coin extra avec un rocher pour sauter, un rapide pour la nage à contre-courant et un affluent torrentueux pour les massages. Car, nous le découvrons vite, l'eau est ici bien plus chaude qu'à notre arrêt du matin, à 23 ou 24° . Avec cette eau claire, c'est vraiment paradisiaque !
Je pense que l'eau de la Maggia est refroidie en partie basse par un affluent provenant des Centovalli.

Vers 18 heures, la température redescend à 30°, nous partons sans les sacoches explorer le haut de la vallée, jusqu'à Cevio. Les pourcentages sont très faibles, 1 ou 2% en général, à deux ou trois exceptions près. Le balisage vélo nous fait visiter de bien jolis villages. A Giumaglia, je repère une cascade avec à son pied des vasques propices à la baignade.


Cevio : les Grotti


Cevio : la cour du musée


A Cevio, nous effectuons le circuit piéton partant du Musée, sur le thème des Grotti (les vrais, pas les restos) Ces caves utilisent les cavités naturelles formées par un ancien éboulis de blocs monstrueux, et sont pleines de courants d'air qui permettaient la conservation des denrées. Beaucoup de constructions de pierres sont adossées à ces gros blocs. L'ancien village forme également un bel ensemble.

La descente jusqu'au camping dans la relative fraîcheur du soir est un ravissement. Nous prenons cette fois la route devenue déserte. Il n'y a pas un nuage, qui pourrait imaginer autre chose qu'une belle nuit étoilée ?




Vendredi 17 juillet, les grandes eaux et la fuite vers l'Est !
49 km en vélo ... et beaucoup en train ! 

Aux premières lueurs de l'aube , j'entends un roulement de tonnerre. Tout d'abord, je n'y crois pas, mais après un coup d'oeil dehors je comprends que ce n'est pas une illusion. Pendant plusieurs heures, le tonnerre gronde sans discontinuer. La pluie ne tarde pas à suivre, parfois très forte. Peut-être grâce à la protection des arbres, nous échappons dans un premier temps à l'inondation.


Début d'inondation ! Et le panneau "attention au feu ;-) !

Vers 8h30, nous nous réfugions dans la salle commune pour le petit déjeuner. Après une vague accalmie, c'est un véritable déluge qui s'abat sur la région. Lorsque nous retournons vers la tente, le chemin d'accès est transformé en rivière avec dix centimètres d'eau vive. Le terrain où nous sommes installés n'est guère mieux, les sacoches nagent dans la boue (vive les sacs poubelle qui maintiennent les vêtements au sec) Le guide du routard nage aussi courageusement !

Quant à l'intérieur, il y a un début d'inondation très marqué !!! Je me jette dedans pour plier les duvets, les fourrer dans des plastique : au moins cela de sauvé ! Le spectacle dans le camping est assez drôle, avec des gens qui courrent de tous côtés, qui en ciré et bottes, qui en maillot de bain et pieds nus dans la "rivière". C'est la débandade et souvent le départ précipité.

En plus, les prévisons météo sont épouvantables !

Nous partons nous aussi en vélo sous la pluie battante avec le matos détrempé rangé à la hâte. Pas question de reprendre les passages VTT de la veille, on reste sur la grande route au milieu des voitures. Si la Maggia n'a pas trop monté, la rivière venant des cento Valli est un torrent de boue furieux, son lit a doublé de largeur.

Nous arrivons à Bellinzona avec une mini-éclaircie dans un ciel noir et chaotique. Nous décidons de prendre le train le plus vite possible, pour essayer d'arriver ce soirà la voiture, où nous pourrons dormir. La tente est inutilisable ...

Il y a beaucoup de trains en Suisse, et la plupart prennent les vélos, certains avec une réservation spécifique, d'autre sans. Par contre, mettre dans le wagon un vélo avec sacoches, et le suspendre à des crochets, n'est pas si simple que ça, surtout quand on a peu de temps pour la correspondance.

Nous regagnons ainsi Montreux via Luzerne et Bern. Toute la Suisse est arrosée par des pluies incessantes ! Nous apprendrons le lendemain que les équipements spéciaux sont nécessaires pour franchir le St Gothard à 2100 m !

A Montreux, la pluie toujours ...après un repas au resto chinois juste sous la gare (super resto d'ailleurs) nous repartons le long de la piste n°1 pour regagner la voiture. Malgré la pluie et la nuit tombante, cette section le long du Léman, qui passe quasiment dans le château de Chillon, est plaisante. La température ayant fortement chuté depuis la veille, je pédale avec les jambières et la softshell sous l'imperméable ! Je me trouve bien au chaud comme ça, pour affronter les vagues du lac Léman qui ne sont pas loin d'envoyer des gerbes d'eau sur les cyclistes !

Le paysage est sombre et sauvage, avec le Léman tout gris qui prend des airs d'océan. La piste dans la réserve à la frontale n'est pas mal non plus, avec un renard, un lièvre et une biche ... Il fait bien noir quand nous parvenons au camping .


Il pleuvra encore toute la nuit et la kangoo nous apparaîtra comme un havre de confort, bien sec et spacieux. L'eau peut dégouliner sur les vitres, nous sommes bien ...









Publié dans vacances - voyages

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Commenter cet article

Fantomette 22/07/2009 23:24

Magnifiques photos Brigitte.  Vous n'avez pas eu beaucoup de chance avec la pluie.  Il faut avoir un sacré courage pour partir comme ça plusieurs jours de suite, j'admire . Forcément, c'est un moyen très pratique de visiter, et d'allier le sport et la découverte de sites tellement différents. 

renarde1 28/07/2009 20:28


Les sacoches, on s'habitue bien, on va doucement ... la pluie, on ne s'habitue pas trop, mais on n'a eu que deux matinées de pluie et encore pas vraiment continue. Pour le reste il a fait même un
peu trop chaud (mais je suis une renarde polaire ;-) )