Le glandasse, une presque-île en plein ciel

Publié le par renarde1

Dimanche 26 juillet 2009, randonnée pédestre, 1700 m D+ , 9 h de marche

Samedi soir, nous préparons nos affaires pour un nouveau bivouac dans la Kangoo (ça devient une habitude) car Fille est invitée à une soirée et reste dormir sur place. En parents indignes nous en profitons donc pour aller dorrmir en montagne, afin d'être à pied d'oeuvre pour une grande balade le dimanche matin.



L'objectif choisi est la montagne de Glandasse. Comme dirait ma mère, le nom n'est pas joli, déjà "glande" c'est moyen mais avec le suffixe "asse" on atteint des sommets dans le péjoratif ! Pourtant c'est une montagne spectaculaire, sorte de proue de navire sauvage, converte de prairies rases qui s'avance vers le Sud , longue de plusieurs kilomèrres et large de quelques centaines de mètres. Cette avancée du Vercors vers le Sud est bordée en plusieurs endroits de falaises spectaculaires (et très hautes). Le point culminant, nommé Dôme ou Pié Ferré, atteint 2041 m.



Nous garons la voiture sur l'aire de pique-nique située au pied de la falaise d'escalade du pas de la roche de Valcroissant . Il y a un panneau "camping et camping-car interdit" mais en jouant sur les mots on peut s'en accommoder : nous n'avons pas de tente, et une kangoo n'est pas un camping car. D'ailleurs, un autre petit camion vient se garer dans le coin. Au total, quatre voitures resteront là toute la nuit. Il faut dire que l'endroit est très agréable, on profite des tables et du ruisseau, ainsi que d'un champ surélevé avec une vue imprenable sur le glandasse au coucher du soleil.

La nuit est très fraîche et je prends le petit déjeuner avec les jambes dans le duvet, qu'il est dur d'en sortir ! A 7 heures, nous attaquons la montée vers les plateaux, qui part de l'Abbaye de Valcroissant . Toutes les montées au glandasse sont très longues et comportent pas mal de dénivelé : l'abbaye n'est qu'à 667 m.
Le sentier est plutôt bon, avec une pente qui s'accentue progressivement. Deux heures plus tard environ, nous sommes à 1520m, au passage nommé "le comptoir à moutons" , un passage étroit entre deux rochers qui force les moutons à se présenter un par un.


Ce n'est pas le moment de s'endormir, il nous reste trois cent mètres à monter pour atteindre dans un premier temps, les plateaux. Nous décidons d'aller à la recherche de la Vire du Glandasse. Cette vire est, si on en croit les retours sur la Toile, assez peu fréquentée. Ici, on est loin de Grenoble, vivier de randonneurs du vertige. Il s'agit d'une vire qui permet de cheminer dans la plus haute paroi du glandasse.



J'ai oublié à la maison la description qui permet l'accès à la vire. Malgré cela, je me souviens de quelques détails, nous finissons par la trouver. Son départ est plus ou moins à la hauteur de la Bergerie de Laval d'Aix, il faut descendre dans un petit vallon très plat, et repérer un endroit où la crête herbeuse devient bordée de rochers de faible hauteur à droite. Un cairn montre le point où l'on doit basculer dans la prairie suspendue.


La vire vue d'un point de la crête plus au Sud. On voit la fine trace de sentier.

Dès le début, l'ambiance est flippante, avec un vide très présent. Il faut descendre des gradins herbeux raides, puis traverser vers le Sud une sorte de conque plus simple qu'il n'y paraît. Jérôme n'a que des petites chaussures basses de trail aux semelles bien souples et ça ne convient pas du tout. Il pense que la vire n'est pas par là mais je n'ai pas de doute : il y a une expo de folie, mais c'est bien là. J'en ai la confimation sur l'éperon suivant, en vue du Pestel, une lame de rocher décollée.  Curieusement ce rocher porte le même nom que celui d'Archiane, et la vire ressemble un peu.

 
Le Pestel coiffé d'arbres                                                       Si si le chemin est là ...

Le "chemin" devient meilleur, mais je ne peux pas m'empêcher de tressaillir chaque fois que j'entends les baskets de Jérôme faire un dérapage même minime sur les gravillons.


Demi-tour

Peu apès le pestel, nous rencontrons malheureusement un obstacle qui nous fera signer le but. Pour poursuivre sur la vire, il faut franchir un couloir de gravillons posés sur de la terre et des pierres. En dessous, trois mètres de gravillons foireux, et c'est l'insondable abîme, au moins 200 mètres de verticale : le genre de chute où on ne se fait pas mal . En somme, si les pieds rippent, c'est no second chance
Utiliser le corde serait possible pour le premier, avec un arbre mal placé et trop loin; mais pas pour le second, qui devrait être assuré à l'épaule, avec un gros risque d'entraîner le premier.
On décide de faire demi-tour. J'arrive à gérer mon propre stress en rando du vertige, et je suis correctement équipée avec bâtons (qui aident bien) et grosses chaussures, mais je n'arrive pas à supporter le stresse que j'éprouve pour quelqu'un d'autre, sauf s'il y a de quoi faire bon usage de la corde, ce qui n'est pas le cas ici.
Notre incursion sur la vire valait tout de même le déplacement, avec des points de vue "dantesques" (l'expression préférée de mon père !)



Nous sommes soulagés de retrouver les larges prairies du plateau tapissées d'edelweiss, pour un pique-nique bien mérité. Nous avons aussi la chance de voir quatre chamois, une tatouillée de marmottes et trois vautours qui viennent planer au-dessus de nous.

Nous reprenons le cheminement sur le plateau pour rejoindre, après plusieurs bosses,  le point culminant, seul endroit où nous rencontrerons d'autres marcheurs. Le temps est parfait; pour l'instant, on ne souffre même pas de la chaleur grâce à une petite brise délicate. Le panorama s'étend du Ventoux au Viso , jusqu'au glacier des deux alpes, à la Meije et aux Ecrins. le Mont Aiguille a également fière allure.




Ici les cairns poussent bien ! Dans la main de Jérôme, un os de mouton (ou de chamois ?)


Calcaire sculpté ...

La chaleur nous rattrape lorsque nous quittons le plateau. Heureusement il y a pas mal d'ombre sur le chemin.

Mais on découvre qu'il y a ombre et ombre : l'ombre fraîche des rochers et des arbres très vieux et très sages, l'ombre douce des grands feuillus, l'ombre tiède des jeunes arbrisseaux tête en l'air , des buis futiles et primesautiers... et quand on passe au soleil, ah, quand on passe au soleil, c'est comme se prendre une claque chaude en pleine poire : et paf! 50°! Tu en veux encore ? Regarde la section là-bas, comme ça va être bon ! On rêve d'eau, les gourdes sont presque vides, on se rationne ... A la fontaine de juillet on peut se mouiller la tête sous un mince filet d'eau, c'est délicieux.  Une petite demi-heure encore avant de rejoindre la voiture, avec des fantasmes de coca-cola à ameuter tous les publicitaires d'outre-atlantique ... ce sont les plaisirs de la randonnée estivale ....

Publié dans randonnée

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grimpeur-du-26 23/10/2016 11:46

salut,
sympa cette vire, on est passé à coté de celle de baume rousse, sans aller jusqu' la fontaine vu nos chargement sur le dos

Laurent 28/07/2009 16:09

Vous avez vraiment le don de trouver des itinéraires de randos spectaculaires. Celui-ci est vraiment saisissant ! J'aurais adoré !

renarde1 28/07/2009 20:26


Mais c'est quand tu veux ! Ce coin est tellement joli (et il y a tant de chemins d'accès différents) que j'y retourne volontiers !