Quatre jours dans les Ecrins. J4. Les sortilèges de la brèche.

Publié le par renarde1

Dimanche 25 avril 2010 , Brèche Holmès, 800 m D+ et descente

 

Pour le tour du riou Blanc que nous avons prévu le dimanche, il nous faut un temps correct et surtout ... un regel nocturne, sans lequel la neige sera pourrie dès le matin. A cette époque, le regel nocturne dépend essentiellement de la présence ou non de nuages pendant la nuit : nuit claire = bon regel.

Or la nuit est loin d'être claire. Vers une heure du matin, lors d'un petit tour à l'extérieur je plonge la main dans la neige et la retire horrifiée : une vraie soupe. Nous sommes plusieurs à jouer à ce petit jeu ... et avant l'aube le miracle se produit, la nuit devient claire et étoilée et un petit regel apparaît.

 

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Il est cinq heures, et il fait grand beau. On y va !

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Abus d'eau de fonte ou fatigue, j'ai un peu mal au ventre et je me sens faiblarde. Les choses s'améliorent en remontant le glacier du Sélé tandis que le soleil se lève, illuminant bientôt les pentes de l'Ailefroide orientale. Le paysage est vraiment fantastique.

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La brèche est là au-dessus ! 

 

Mais l'heure n'est pas à la contemplation : il faut trouver un passage pour franchir la brèche Holmès. Nous repérons un petit couloir, assez court . de loin on distingue une petite interruption rocheuse : il faut y aller voir. Nous approchons le couloir à skis, on peut même en remonter les premiers mètres ainsi. La neige y est relativement poudreuse. J'aime beaucoup faire des conversions en pente raide poudreuse, le geste m'amuse.

 

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Vues du couloir

 

La neige devient plus dure et il faut mettre les crampons et faire des marches dans la neige. Nous butons sur le ressaut rocheux, beaucoup moins sympathique qu'il semblait de loin.  Antoine s'y engage. Le rocher est pourri et c'est bien raide, et improtégeable. Pierre le rejoint à l'aide de la corde, en franchissant un autre passage plus direct mais plus athlétique.

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Antoine dans le passage mixte

 

Là-haut, ils découvrent le versant Sud où nous devons descendre. Ils voient qu'un ressaut très raide et haut de 60 mètres les sépare du glacier.  Avec deux cordes de 25 mètres, nous ne sommes pas équipés pour un tel passage (non prévu dans le topo)

. Sans compter que faire monter six autres personnes à la brèche, qui devront descendre de l'autre côté à l'aide de la corde, peut prendre un temps énorme ;.. la décision s'impose. le but est signé, adieu le tour du Riou Blanc, il faut faire demi-tour et vite repasser la barre de l'Ouro avant qu'elle ne se décompose au soleil.

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C'est le but : redescente en rappel

 

Une neige croûtée nous attend, pas vraiment facile à skier. Plus bas, elle devient carrément dure , c'est plus simple, mais ça fait descendre les chaussettes, ça n'est pas vraiment du ski plaisir. Sauf que l'espace est immense, et le cadre fantastique.

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Ski sur le glacier du Sélé

Le début de la barre de l'Ouro a déjà bien vu le soleil lorsque nous arrivons. Hier, les purges l'ont ravagé. On y trouve des zones dures et de petites goulottes.   Au dessus de la plus grosse barre, la neige est molle et c'est encore acceptable.

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Au-dessus des barres : encore acceptable mais j'aime pô ça !

 Plus loin, ça se gâte, c'est tout gelé. Je vois Laurence se bloquer sur cette tôle ondulée glacée, et là je flippe, impossible d'avancer. Ce type de neige glacée irrégulière me terrifie depuis une chute ancienne, et là, la sanction en cas de chute est lourde, même si on a passé la plus haute falaise. Du coup, je traverse en crampons (avec un crampon mal ajusté en plus !!!) et Antoine après avoir secouru Laurence qui était presque sortie d'affaire, m'aide à en terminer avec ce passage délicat.

C'est fini, ouf !

 

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Le vallon est ravagé par les avalanches

Le reste ne présente pas de difficultés si ce n'est celle de skier dans une neige très humide (j'aime assez)  Depuis jeudi, le vallon a été incroyablement modifié par les avalanches. On traverse d'énormes champs de boules !  Sans histoireset en poussant un peu sur les bâtons,  nous rejoignons Ailefroide, d'où Jean-Phi, Pierre et Antoine ont pu partir.

 

Il ne reste qu'à remballer notre chargement et à nous installer à Vallouise pour une petite boisson bien méritée !

 

La brèche Holmès , d'après skitour , semble avoir arrêté d'autres équipes motivées: il y a visiblement un problème avec cet itinéraire !

 

 

 

Publié dans Ski de randonnée

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Helliot 28/04/2010 10:26



4 jours de rêve dans les Ecrins, quelle chance, ça fait rêver             tant
rêver



renarde1 29/04/2010 09:02



C'est sûr que les raids où on reste un peu là-haut , sont les moments forts d'une vie de skieur de rando .



jp 27/04/2010 08:45



Merci Brigitte pour ces 4 épisodes. Tu parviens très bien à décrire tes émotions pendant ces quatre jours, que ce soit dans les moments de plaisir ou de tension.


Bravo !



renarde1 27/04/2010 19:40



Merci


Ecrire le récit est un moyen de prolonger un peu ces moments exceptionnels !



Cricri le Cyclo 27/04/2010 06:28



je viens de lire le récit des 4 jours... Comme d'hab, le ski ne me fait ni chaud ni froid (ou même plutôt froid). Par
contre l'esprit de camaraderie qui y transpire, les photos magnifiques sous le soleil du 4° jour sont un vrai régal... MERCI


 


Je vais comme d'hab poser une question bête : 4 jours en refuge à plusieurs, cela génère des déchets. Vu l'endroit, les éboueurs ne doivent pas passer souvent... Comment la gestion est-elle
effectuée ?


 


Pour finir, bravo à toute cette équipe d'avoir le courage (et il en faut d'après ce que j'ai lu) de faire ce qui a été fait, et bravo aussi de ce qui semble être la gestion du danger...



renarde1 27/04/2010 08:29



C'est vrai, notre équipe est super, c'est un point essentiel pour moi en montagne .
Pour la gestion des déchets alimentaires, nous ramenons tout dans le sac. En ce qui concerne les "productions humaines" malheureusement c'est un problème dans ce refuge qui n'a pas de coin
toilette ... on se contente de s'éloigner du refuge, de préférence en-dessous, mais vu la situation "perchée", ce n'est pas très facile d'accès, surtout de nuit ... la nature fait le reste, le
refuge est peu fréquenté, et pratiquement qu'au printemps. L'été , il y a un autre refuge 100 m plus bas, bien plus grand et mieux équipé (gardé l'été)